Ecrit par Muhindo Michaël

La vie familiale des Nande est basée sur le système du patriarcat. Le père (pater familias) est plus qu’un mari pour la femme, il est son époux, le chef de la famille, le responsable des membres de son foyer, le garant de son unité, de sa vie et de sa survie. Bien que la femme ait un statut juridique contenu dans celui de son mari, elle jouit des relations de complémentarité avec son mari, de l’attachement de son mari, de son respect, de sa fidélité, de la dignité d’être épouse et éducatrice des enfants, du prestige d’être considérée comme une reine (omughole) qui lui donne une autorité morale dans la gérance des affaires familiales et du foyer, d’être l’intermédiaire entre le père et ses fils. Le rôle d’épouse, de mère et d’éducatrice est si délicat que les femmes sont parfois accusées pour les erreurs de leurs enfants bien que ceux-ci aient atteint l’âge de raison. Ces enfants doivent momentanément quitter la maison paternelle pour être rééduqués par un oncle maternel (nyokolume : homme-femme) ou une tante paternelle (nyinyalume : femme-homme). Cette humiliante sanction pour les enfants est culturellement ressentie comme une perte de sa dignité d’homme ou de femme : la fille est prise pour un garçon et inversement, le garçon est considéré comme une fille. Dans cette mesure disciplinaire, les Nande estiment qu’une fille qui a le caractère d’un homme doit être remise entre les mains de sa tante paternelle, et le garçon, chez son oncle maternel. Les qualificatifs paternel et maternel sont suggestifs. Cette inversion apparente de rôle laisse percevoir la vision de la tante paternelle et de l’oncle maternel. Elle implique que l’éducation de la fille revient à la maman tandis que celle du garçon revient au père de la famille. Dans le cas où le comportement de l’un ou l’autre enfant ne correspondrait pas à son sexe, ce sont les parents issus du côté maternel, pour le garçon, ou du côté paternel, pour la fille, qui peuvent remodeler le caractère de ces enfants. Leur rôle est de rappeler les attentes de la société vis-à-vis de la fille ou du garçon : la douceur et la tendresse pour celle-là, la virilité pour ce dernier. Dans la famille chaque enfant porte un nom qui souligne son identité et sa personnalité. Les noms peuvent indiquer le rang de naissance, les circonstances, les événements que traversent la famille ou encore le nom d’un ancêtre proche. Hormis les noms de naissance, on rencontre aussi des noms donnés à la naissance. Ils sont en rapport avec l’état physique de l’enfant ou les circonstances qui accompagnent l’accouchement.

D’autres noms sont donnés par la maman de l’enfant. Ils sont en relation avec la vie familiale et traduisent les compliments de la mère à l’adresse du père de l’enfant, des plaintes contre le mari et les siens, plaintes contre ses coépouses dans le cas de polygamie, des moqueries de la mère, des complaintes sans destinataire déterminé (grognes), des menaces contre son mari, des remerciements à l’égard de la famille de la mère. Il existe aussi des noms que la maman donne à un enfant qui a déjà grandi, ou que les membres de la famille peuvent donner à l’un des leurs, et enfin des surnoms données au grandes personnes. Ces noms donnés aux adultes soulignent souvent des traits de caractère de la personne comme les noms reçus lors de l’initiation masculine. Les noms traditionnels traduisent l’identité familiale parfois replacée dans son contexte historique. Ils permettent de préciser les circonstances de la naissance et d’orienter l’éducation de l’enfant ou de rappeler le souvenir d’un ancêtre ou d’un défunt. Le nom véhicule un message, un contexte, un appel et un caractère.

pour vos recherches.La famille Nande est monogamique et exogamique. Elle va au-delà de la consanguinité. Elle inclut en son sein le fœtus, les vivants et les morts ainsi que les personnes adoptées. Elle englobe les membres des familles de ceux qui se sont unis par le pacte de sang (ekihango) et par les alliances matrimoniales (eritahya). Ce réseau de relations parentales, familiales, claniques, communautaires et sociales, est à l’origine de l’expression Nande : « nous sommes de la même famille (tulivahanda) ». Celle-ci implique l’unité ethnique. Ces liens de parenté induisent des comportements et des attitudes spécifiques dans les rapports interpersonnels et sociaux.” Merci

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